picto

Poster une annonce

picto

Connexion

Parle, lis, écris en wallon, en gaumais !

Publié le 02.05.2022

Ecrit par Alicia Morette, du Service du Livre Luxembourgeois,
Bibliothèque provinciale. Province de Luxembourg.

En province de Luxembourg, deux maisons d’édition ont choisi une langue régionale, comme filtre éditorial. D’une part, le Musée de la Parole en Ardenne (MPA) avec Joël Thiry, qui vise à recueillir ce que des aînés ont à transmettre en matière de patrimoine wallon et à favoriser la transmission de ces racines wallonnes vers les générations futures. D’autre part, Ma p’tite Édition, un label sous lequel travaille Jean-Luc Geoffroy, un Gaumais pure-souche, dans le but de promouvoir le patois gaumais et les auteurs patoisants.

Éclairage :

40 bougies pour le Musée de la Parole en Ardenne

C’est à Bastogne, en 1982, que le « Musée de la Parole en Ardenne » voit le jour sous l’impulsion du linguiste Michel Francard. « Musée de la Parole, autant dire du vent… Mais ces brises, qui nous viennent de loin, sont chargées des murmures et des senteurs d’autrefois », peut-on lire sur leur site internet (www.museedelaparole.be). 40 ans plus tard, le souffle de ces brises du passé nous ébouriffe toujours autant, grâce à l’énergie d’une équipe de 11 collaborateurs, conduits par Joël Thiry.

Le « Musée de la Parole en Ardenne » a pour objectifs la conservation du wallon dans son expression la plus qualitative et la promotion/diffusion des langues régionales endogènes. Il s’adresse donc à tous les amateurs de wallon, mais aussi à toute personne qui souhaite s’y initier. Dès lors, indiscutablement, le « Musée de la Parole » constitue une ressource majeure et fiable pour quiconque s’intéresse, de près ou de loin, au patrimoine wallon.

C’est ainsi que le « Musée de la Parole en Ardenne » publie des livres tantôt en wallon, tantôt en français, dans des genres variés (récits, fictions, poésies, histoires quotidiennes, folklore…). Il édite également le trimestriel « Singuliers », la revue des parlers romans de la province de Luxembourg, où s’expriment auteurs et amateurs d’un wallon de qualité.

L’association rassemble aussi des collections de témoignages écrits, dessinés, graphiques, filmés et sonores dans un fonds documentaire exceptionnel. Le fonds Michel Francard, installé à la bibliothèque de Bastogne, propose aujourd’hui au public les ouvrages en papier. Demain, il sera amené à évoluer, grâce à la voie numérique, afin d’y répertorier aussi des documents sonores, et notamment ceux datant des années 80, des enregistrements précieux qui font revivre le wallon de début du siècle, comme si vous y étiez.

En outre, le « Musée de la Parole en Ardenne » dirige des études linguistiques (en wallon, en français régional et en luxembourgeois) et ethnographiques (traditions populaires, croyances, gastronomie, métiers, météorologie, etc.) dans plusieurs communes de l’arrondissement de Bastogne. C’est pour diffuser les résultats de ces recherches qu’a été créée la collection « Paroles du terroir » : plus de 40 ouvrages (dont le « Dictionnaire des parlers wallons du pays de Bastogne ») ont été publiés dans cette collection.

N’oublions pas non plus la Spitante collection, destinée à la jeunesse. Rien d’étonnant à ce que Joël Thiry s’engouffre dans ce créneau, lui qui fut enseignant à La-Roche-en-Ardenne pendant de nombreuses années. C’est d’ailleurs par ce biais que le Musée de la Parole s’est mis sur son chemin : à l’époque, il se souvient avec émotion de son passé d’enfant de chœur, une tâche qui lui semblait particulièrement joyeuse en période de Pâques. Avec ses élèves, il se met en quête des chants de cette époque et les soumet à un certain… Michel Francard, qui non seulement accepte de les publier, mais invite surtout Joël à rejoindre l’équipe du « Musée de la Parole ». À ce moment-là, il ne sait pas encore qu’il en deviendra un jour l’administrateur délégué.

Aujourd’hui, il se confie : « Cette responsabilité me demande énormément de temps. Dans le travail éditorial, nous faisons face aux difficultés habituelles de l’édition, comme la courte durée de vie d’un livre ou les coûts d’impression, mais également à d’autres soucis spécifiques aux langues régionales : se pose la question du public bien sûr, puisque nous avons conscience de cibler un lectorat de niche, mais il y a aussi des difficultés liées à la typographie propre au wallon écrit : les apostrophes, les tirets, les italiques… sont à foison chez nous ! Et lorsqu’on confie la mise en page d’un livre à un tiers, cette personne ne parle généralement pas wallon ! Ca ne rend pas les choses faciles… ».

Le plaisir de lire et de parler wallon

Alors, qu’est-ce qui anime Joël Thiry depuis tout ce temps ? Est-ce des valeurs de croisade militante ? De sauvegarde du wallon à tout prix ? Certainement pas. Son leitmotiv à lui, c’est le plaisir ! Le plaisir de découvrir des récits, des romans, des contes qui viennent de toutes parts ; Le plaisir de travailler avec une équipe sympathique ; Le plaisir de chanter, de créer, d’écrire et de parler wallon ! Ce besoin de partager et de transmettre est d’ailleurs à l’origine de son tout premier livre, créé, là encore, avec ses classes : « Magnèdjes di manèdjes » (1999 – épuisé), qui évoque, en français et en wallon, des souvenirs accompagnés de recettes d’une bonne cuisine familiale ardennaise.

Aujourd’hui, Joël Thiry travaille sur un projet de 3 livres pour enfants (dont les noms des protagonistes seront ceux de ses petits-enfants). Ces livres seront écrits « en français saupoudré de wallon » permettant ainsi aux parents non avertis d’appréhender cette langue sous un angle ludique.

« J’invite chacun à créer en patois gaumais »

Descendons à présent vers la Gaume, lieu d’accueil et de soleil…

Enfin, pas tout à fait… Car, en attendant de rejoindre son Virton natal, not’ Jean-Luc Geoffroy a installé le siège de sa maison d’édition gaumaise à son domicile d’Ochamps.

Comment ?! La Gaume en Ardenne ? Est-ce une provocation ? « Là où je suis, c’est toujours un peu la Gaume », sourit-il. Et on ne peut pas lui donner tort. 

Jean-Luc Geoffroy est auteur de contes et de nouvelles (lauréat du « Prix de la littérature wallonne »

https://www.tvlux.be/video/culture/litterature/jean-luc-geoffroy-obtient-le-prix-de-la-litterature-wallonne-pour-des-nouvelles-en-gaumais_39382.html)

Ventriloque, traducteur, créateur multiforme… C’est en 2017 qu’il crée « Ma p’tite Édition » afin de participer à la conservation du patrimoine gaumais, à sa mise en valeur et à sa diffusion vers le grand public. « Ma p’tite Édition », c’est aussi un appel à la création et une incitation à écrire en gaumais, dans le but de perpétuer ce savoureux parler lorrain, ce patois des souvenirs, cette langue de l’enfance.

« Ma p’tite Édition » est une maison édition 100% bilingue. Cette caractéristique permet aux Gaumais qui auraient oublié le sens de certains mots d’en retrouver la signification, mais également aux ouvrages et à leur contenu littéraire de voyager au-delà des frontières de la Gaume. Cependant, ne vous y trompez pas, dans les coulisses de « Ma p’tite Edition », l’écriture originale est d’abord en gaumais ; la traduction française, elle, vient dans un second temps.

Ainsi, depuis la création de cette maison d’édition, on ne compte plus les ressources patrimoniales, œuvres oubliées et textes inédits remis à disposition du grand public grâce à la folle énergie déployée par Jean-Luc Geoffroy : de Daniel Hubert à Christian Lambinet et Bernard Daussaint, en passant par Nestor Marchal ou Jean Mergeai.

Toutefois, la pièce majeure de la maison d’édition est sans conteste « Le Dictionnaire gaumais-français » de Georges Themelin. L’ouvrage est aujourd’hui épuisé, mais l’orthographe, très proche du français, sert de référence aux livres publiés au catalogue de la maison d’édition. Pour Jean-Luc Geoffroy, l’orthographe Themelin est une orthographe intuitive, qui permet une compréhension par… tous les francophones du monde. 

Alors, que peut-on trouver sous le label « Ma p’tite Édition » ? D’abord, des livres en papier bien entendu, mais aussi des livres entiers à lire en ligne (avec des lectures sonores de l’auteur ou d’auteurs patoisants), des CD’s et Dvd’s (avec sous-titrages), une revue (bilingue encore) en gaumais « Vès l’compernez co? » (2017-2021) ; une série dominicale « El père Tampir èt la mère Grougn’resse » (bilingue toujours) à lire sur la page Facebook de Jean-Luc Geoffroy.

« Ma p’tite Édition », c’est aussi un spectacle (« La Gaume ? Un monde », 2015) et actuellement un projet tout à fait inédit de tables de conversation en gaumais qui se tiennent un jeudi par mois, au « Cœur de la Gaume » (Rue Dr. Albert Hustin, 51) à Ethe.

Enfin, si au contraire de la Spitante Collection du « Musée de la Parole en Ardenne », « Ma p’tite Édition » n’a pas encore, elle, à son catalogue, des livres pour les jeunes ou pour les enfants, la réflexion est en cours, puisqu’un projet d’apprentissage du patois gaumais en adaptant des leçons du programme de la FWB de fin maternelle et d’école primaire, est en construction par André Gilardin… Affaire à suivre !

 

Comment ça s’écrit, la parole du cœur ?

Malgré les efforts déployés pour s’accorder sur une orthographe commune aux langues régionales, il faut bien reconnaître que lire et écrire du wallon ou du patois gaumais, ce n’est pas naturel… Certes, passer par l’écrit pour promouvoir une langue orale est l’un des plus sûrs moyens de la conserver. Mais au « Musée de la Parole en Ardenne » comme chez « Ma p’tite Édition », l’oralité demeure le premier moyen de survie. C’est pourquoi, par les enregistrements du « Musée de la Parole », par les livres sonores et autres CD’s et DVD’s de « Ma p’tite Édition », nos deux éditeurs-animateurs convoquent, chacun à leur manière, le plaisir de s’exprimer dans une langue identitaire qu’ils chérissent.

Les langues régionales endogènes sont les langues du cœur qui invitent l’esprit de la fête et dont leurs locuteurs s’amusent, en toute convivialité, à partager avec les plus anciens comme avec les plus jeunes, le goût du dire et l’envie de créer, pour garder une trace-mémoire du passé, pour découvrir, pour conserver et, peut-être même, pour se réapproprier des choses anciennes, des valeurs, des souvenirs, des moments d’antan parfois oubliés…

PLUS D’INFOS

Tout le mois de mai, dans le cadre de l’opération « L’éditeur du mois », retrouvez des animations, concours, publications… consacrés à ces deux maisons d’édition, sur la page Facebook du Service du Livre Luxembourgeois ainsi que sur les sites de ces deux maisons d’édition.

 

Le Musée de la Parole en Ardenne :

Musée de la Parole en Ardenne

Parcourez ses multiples écrans dédiés au wallon d’hier, d’aujourd’hui et de demain, et à toute la part d’Ardenne et d’Ardennais qu’il véhicule. Vos-èstez bin vènou â Muzée ! Rwêtez po totes lès bawètes k’ i droûve so l’ walon do tins passé, d’asteûre et a vni, èt so tote li pârt di l’ Ârdène èt di l’ Ârdinwès k’ i tchèrèye avou lu.

contact@museedelaparole.be

Ma p’tite Édition :

http://www.frego-et-folio.be

https://www.facebook.com/Fregaume

notre-patois-gaumais@skynet.be

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.

Archives